Le Networker

Arrêtez de pitcher votre réseau. Commencez à lui être utile

Je veux vous parler d'un pattern que j'observe régulièrement dans les réseaux professionnels, et qui est probablement en train de nuire à votre réputation sans que vous vous en rendiez compte. Voilà à quoi ça ressemble.

Le Networker de WEMET

Quelqu'un que vous n'avez pas vu depuis dix-huit mois vous envoie un message. "Salut, ça fait longtemps ! Comment tu vas ?" Vous répondez, content de reprendre contact. Deux messages plus tard : "Au fait, je voulais te parler d'une opportunité…"

Vous venez d'être pitché par votre réseau.

Et même si l'opportunité est potentiellement intéressante, quelque chose s'est cassé dans cette interaction. Vous n'avez pas eu une conversation. Vous avez été la cible d'une approche commerciale déguisée en prise de contact amicale.

Le problème avec le networking transactionnel

Ce n'est pas que le networking transactionnel ne fonctionne pas. À court terme, il fonctionne parfois. Mais il fonctionne de la même façon qu'un coup de dé : une fois sur x, la personne a effectivement besoin de ce que vous proposez au moment où vous le proposez.

Le reste du temps, vous avez abîmé quelque chose.

La confiance dans un réseau professionnel se construit sur une conviction implicite : cette personne pense à moi indépendamment de ce qu'elle peut obtenir de moi. Dès que cette conviction s'effondre, dès que vous avez le sentiment d'être contacté uniquement quand l'autre a besoin de quelque chose, la relation bascule. Elle ne disparaît pas nécessairement, mais elle perd sa densité.

Et dans un réseau professionnel, la densité des liens est tout. C'est ce qui fait qu'on pense à vous spontanément, qu'on vous recommande sans qu'on vous le demande, qu'on vous appelle en premier quand une opportunité apparaît.

Ce que les meilleurs networkers font différemment

Les professionnels dont le réseau génère vraiment des opportunités en continu ont en commun une posture que je résumerais ainsi : ils s'intéressent avant de solliciter, et ils donnent avant de recevoir.

Ce n'est pas une formule creuse. C'est une orientation concrète qui change la nature de chaque interaction.

Quand ils contactent quelqu'un dans leur réseau, ce n'est pas parce qu'ils ont quelque chose à vendre. C'est parce qu'ils ont lu quelque chose qui leur a fait penser à cette personne. Parce qu'ils ont croisé quelqu'un qui pourrait lui être utile. Parce qu'ils sont curieux de savoir où en est un projet dont elle leur avait parlé.

Le résultat, sur le long terme, est radical : ces personnes sont les premières à qui on pense quand une opportunité émerge. Pas parce qu'elles ont bien pitché. Parce qu'elles ont été utiles, régulièrement, sans comptabiliser.

La différence entre donner et être naïf

Il faut être honnête : cette posture n'est pas naïve. Elle n'implique pas de donner sans limite à tout le monde indifféremment, ni de continuer à investir dans des relations qui ne sont clairement que dans un sens.

Elle implique de choisir ses investissements relationnels avec discernement, et de les faire avec générosité une fois qu'on les a choisis.

C'est différent. Le discernement, c'est ce qui fait que votre temps et votre énergie vont vers les relations qui ont une vraie réciprocité possible — même si cette réciprocité ne se manifeste pas de façon symétrique ou immédiate. La générosité, c'est ce qui fait que dans ces relations, vous donnez vraiment, sans arrière-pensée.

Un test simple

La prochaine fois que vous vous apprêtez à contacter quelqu'un dans votre réseau, posez-vous cette question avant d'envoyer le message :

Est-ce que je contacte cette personne parce que j'ai quelque chose à lui apporter, ou parce que j'ai besoin de quelque chose d'elle ?

Les deux sont légitimes. Mais si la réponse est systématiquement la deuxième, vous avez probablement un problème de posture pas de réseau.

Un réseau qui génère des opportunités de façon durable n'est pas le résultat d'une série de bonnes approches commerciales. C'est le résultat de dizaines de petits gestes de générosité accumulés sur des années, qui ont créé une réputation : celle d'une personne à qui on pense, parce qu'elle, elle pense aux autres.

Ce que je retiens : Le networking le plus efficace est celui qui ne ressemble pas à du networking. Il ressemble à de l'intérêt sincère pour les gens, à de la générosité sans calcul immédiat, et à une présence régulière qui n'a pas besoin d'être justifiée par un besoin. C'est simple à comprendre, difficile à maintenir et redoutablement efficace sur le long terme.